Témoignage de Léon Landini

Publié le par Léon Landini

 Membre d'une famille d'italiens, communistes et résistants, voici résumé pourquoi je ne suis plus membre du PCF.
 
Mon père, Aristide (né en Italie en 1891) fut au début de 1922, le créateur de la section du Parti Communiste Italien, dans sa commune de Roccastrada en Toscane.
Membre du PCI jusqu'en 1924. Mais fuyant le fascisme il se réfugie en France où il adhère au PCF et en restera membre jusqu'à sa mort en 1950.
Membre de l'O.S. (Organisation Spéciale du PCF) - ensuite FTP-MOI il est arrêté, en même temps que mon frère Roger, à Saint-Raphaël le 12 mai 1943 par les carabiniers italiens.
Interné et torturé. Déporté en Allemagne en novembre 1943. Il s'évade en cours de route et arrive à rejoindre la Résistance en Creuse. Il est âgé de 52 ans.
Après la libération, il lui est attribué la Carte de Combattant Volontaire de la Résistance - Carte d'Interné Résistant - Carte des Anciens Combattants.
 
Mon frère Roger, (né en Italie en 1914, mon ainé de 12 ans) a adhéré aux jeunesses communistes en 1932, et il en était secrétaire de rayon dans le Var.
Membre du PCF de 1936 jusqu'à son décès  en 1962. (Décès consécutif aux tortures subis lors de son arrestation en 1943).
Il est arrêté en août 1940 comme communiste, il fait 48 jours de prison.
Peu de temps après sa libération, il fait dérailler 8 wagons de marchandise destinés à l'Allemagne en gare de triage de Fréjus plage.
Ce déraillement fut un des tout premiers déraillement réalisé par la Résistance Française.
Membre de l'O.S, et ensuite organisateur des FTP-MOI en région Saint-Raphaël-Fréjus - VAR.
Il est arrêté en même temps que notre père le 12 mai 1943 par les carabiniers italiens.
Les carabiniers, afin de lui faire avouer le nom de ses camarades, le torture en lui faisant ingurgiter un litre de pétrole et manger un kilo de sel.
Comme il ne parle toujours pas ils lui font subir le supplice du casque ce qui lui fait éclater tout le cuir chevelu.
Il s'évanoui et reste six heures dans le coma. En reprenant connaissance il simule la folie et cela dure 4 mois, c'est à dire jusqu'à la capitulation de l'Italie en septembre 1943.
En novembre 1943 il est déporté en Allemagne en même temps que notre père, mais ils s'évadent ensemble à Dijon.
Après six jours de voyage ils arrivent en Creuse.  Avec mon aide, ils prennent immédiatement contact  avec l'Etat-Major régional des FTPF.
il est demandé à Roger s'il accepte de partir à Lyon pour prendre des responsabilités aux seins des FTP-MOI.
Agé de 30 ans, marié et père de deux enfants, il accepte et quitte la Creuse pour rejoindre le département du Rhône.
En janvier 1944 il arrive à Lyon où il est nommé commissaire politique de l'unité FTP-MOI Carmagnole.
Après mon arrestation qui a eu lieu le 25 juillet 1944, mes camarades convaincus que j'avais été exécuté organisent une oraison funèbre.
Roger désespéré et malade est envoyé en Creuse. A peine arrivé l'Etat-Major des FTPF manquant de cadre le nomme capitaine et adjoint au commandant FTPF du Sous-Secteur C à Aubusson.
Démobilisé dés la libération comme invalide de guerre, il obtient la Médaille de la Résistance -
La Carte de Combattant Volontaire de la Résistance - La Carte d'interné de la Résistance -  Et la Carte des Anciens Combattants - Une rue de Saint-Raphaël porte son nom.
Rentré à Saint-Raphaël il est désigné secrétaire de la Section du PCF et le reste pendant de longues années.
 
Ma sœur Lina, (née en Italie en 1920)  a adhéré aux Jeunes Filles de France en 1936, elle adhère au PCF en 1941.
Marié et un enfant, elle devient agent de liaison des FTP-MOI après l'arrestation de son époux en avril 1941, qui lui fut interné au camp de concentration de Saint-Paul d'Eyjaux en Haute-Vienne.
Elle a obtenu la Carte de Combattant Volontaire de la Résistance et la Carte des Anciens Combattants.
 
Ma sœur Mimi, ( née en France en 1927).
Agent de Liaison des FTP-MOI dans le Var début 1942 et ensuite des FTPF en Creuse, d'avril 1943 jusqu'à la libération.
Elle adhère au PCF en 1944. Elle a été secrétaire Générale du groupe des députés communistes de l'Assemblée Nationale pendant 35 ans. 
Chevalier de la Légion d'Honneur - Chevalier de l'Ordre National du Mérite - Carte de Combattant Volontaire de la Résistance - Carte des Anciens Combattants. 
 
Léon Landini, (né en France en 1926) entré en Résistance en 1941, c'est à dire à l'âge de 15 et demi.
Membre des FTP-MOI, Je participe à mon premier déraillement d'un train de marchandise Allemand, entre Agay et Saint-Raphaël en octobre 1942, j'avais 16 ans et demi et j'adhère au PCF en novembre 1942.
Le 26 février 1943, je participe au sabotage de la mine "Le Pélicon" à Brignoles.
Le 4 mars  1943, avec mon groupe nous déposons une bombe dans un entrepôt italien et blessons deux soldats.
Le 15 mars 1943, je dépose une bombe dans un restaurant où déjeunent 195 chemises noires. La bombe n'explose pas.
Fin Mars 1943 deux camarades des FTP-MOI sont arrêtés. Apprenant que je suis recherché par l'OVRA (Gestapo italienne) le commandement régional des FTP-MOI me mute en Creuse où je rejoint un groupe de FTPF commandé par Baptiste Virviale.
Avec ce groupe je participe à divers sabotages et déraillements.
En novembre 1943, mon père et mon frère évadés lors de leur déportation en Allemagne me rejoignent.
En janvier 1944, mon frère part à Lyon. Je le rejoint peu de temps après.
Le 25 juillet 1944 à Lyon, je suis arrêté par la Gestapo et interné à la prison allemande "Le fort-Montluc". Torturé par Barbie lui-même, Je subit un enfoncement de la boite crânienne, vertèbres cervicales abimées, testicules écrasés etc....
Le 24 août  1944, éclate l'insurrection de Villeurbanne qui est dirigé par les combattants de Carmagnole.
Le même soir, les allemands qui gardaient le Fort-Montluc, dans lequel ils avaient commis tant de crimes, abandonnent la prison.
Profitant de la situation, j'enfonce ma porte et m'en vais rejoindre mes camarades sur les barricades de Villeurbanne.
Je suis nommé commandant de compagnie avec le grade de Sous-Lieutenant à l'âge de 18 ans.
Très maigre, ne pesant plus que 45 kilos et ayant encore de nombreuses plaies purulentes, le commandement régional, décida de me faire partir en Creuse pour y rejoindre mon père et mon frère.
Hospitalisé à Guéret, j'y passe environ 18 mois entre hospitalisations et convalescences.
JE suis démobilisé en février 1946 comme invalide de guerre.
Mes états de service enregistrés au ministère de la Défense mentionnent : Un quarantaine d'ennemis abattus.
Grand Mutilé de Guerre - Officier de la Légion d'Honneur - Médaille de la Résistance - Décoré par l'Union Soviétique.
Président de l'Amicale des Anciens FTP-MOI des bataillons Carmagnole et Liberté.
 
 
Il y a une quinzaine d'années en désaccord avec la mutation la section ne m'a plus remis  ma carte du Parti. Toutefois, le souvenir d'une centaine de mes camarades tombés pour la libération de notre pays
et plus particulièrement celui de 52 de mes proches amis torturés à mort dans les culs de basse-fosse de la police, de la Milice ou de la Gestapo m'empêchais de dormir.
Ces camarades qui malgré les souffrances endurées n'ont jamais lâché un seul mot à Barbie et à ses sbires, étaient convaincus que les survivants sauraient construire ce monde pour lequel il donnaient leurs jeunes vies.
Sans Parti j'étais orphelin et désespéré de voir le PCF pour qui ma famille avait fait tant de sacrifices partir au vau-l'eau.
Ne sachant plus que faire je errais cherchant une solution pour recommencer à militer dans une organisation vraiment communiste.
Après plusieurs années d'errance je fus sollicité par Georges Hage et par Henri Alleg pour militer à leurs côtés.
Depuis je suis un des responsables du Pôle de Renaissance Communiste en France (PRCF)
C'est là que j'ai repris goût à re-militer, convaincu d'avoir retrouver à nouveau des camarades et ce Parti qui a contribué à faire de moi un homme.
 
 
Cela étant dit, tout comme moi, vous ne pouvez pas ignorer que vous n'êtes pas les premiers  à vous trouver dans cette situation,
que des sections entières ont été exclus, que de vieux militants se sont fait expulser parfois manu-militari de réunions ou de fêtes du PCF.
Que la section de Boulogne-sur-Mer celle de Liévin et d'autres se sont vu refuser les cartes du PCF. 
Devant tous ces états de fait, je ne comprends pas les camarades du 15ème lorsqu'ils disent vouloir remettre "Le Parti sur les rails".
Mais de quels rails s'agit-il ? puisqu'il n'y a même plus de voie ferrée.
Mais de quel Parti s'agit-il ? en tout cas pas du PCF qui de communiste n'a plus que le nom et qu'il cache soigneusement.
Vous n'aurez qu'à regarder n'importe quelle affiche électorale et vous constaterez que le mot communiste n'y figure jamais.
Par ailleurs, alors qu'une énorme campagne à l'échelle européenne de criminalisation du communisme est menée, aucune réplique ne vient du PCF, pire ! 78 Parti communistes à travers le monde ont lancé un texte contre cette criminalisation
en bas de ce texte on y trouve la signature du PRCF mais pas celle du PCF.
Chers camarades et amis, comment ne pas se poser les questions suivantes : Qu'ai-je à faire dans un Parti qui par l'intermédiaire du PGE émarge à l'Europe ?
Qu'ai je à faire dans un Parti qui s'approprie des biens qui ne lui appartienne pas ? ce qui correspond à voler.
Dans un Parti qui n'évoque jamais la lutte des classes et qui ne se revendique plus du marxisme léninisme ?
C'est pour toutes ces raisons et pour beaucoup d'autres bien sûr que je me situe très loin de ces dirigeants que je considère comme des renégats.
Ce qui est certain c'est que les communistes "les vrais" seront toujours mes frères et que je serai toujours à leurs côtés.
Sachez qu'avec mes camarades du PRCF  nous soutenons la juste lutte que vous menez.
  Fraternellement à vous tous.    LANDINI.  
 
 
 

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Jean-Paul Orcel 19/06/2011 20:34


Merci MONSIEUR LANDINI,
Permettez-moi de vous dédier "40" mon dernier vidéoclip, un autre cri de l'âme mais en totale adéquation avec votre vindicte.

http://www.youtube.com/watch?v=l0XQGspZsSY

Jean-Paul Orcel, www.jeanpaulorcel.net


FABIEN 08/02/2010 19:16


Thorez,Duclos revenez,ils sont devenus fous !!!
ou est passé le parti révolutionnaire ??
rien d'autre a foutre que de bouziller une section ?? là haut(comité central) vous êtes au courant que des gens attendent aprés nous??
on a besoin de tout le monde , alors je demande a ce que cette section redevienne ce quelle était sans plus attendre , et tous au boulotmaintenant


CONNANGLE 03/02/2010 22:58


il y a des choses qui continuent d'être invrasemblables à l'intérieur de se parti, en tout cas chapeau au copain qui ont donné leur sang et leur vie pour la lutte avec les oppréssés et contre
l'oppresseurs . Je croyais par contre entendre dire par MGB au sujet de Monsieur HUE que l'on n'excluait plus au parti!!!

Alors à quand la remise des cartes pour les camarades qui luttent des 1 er et 2 ème arrondissement de Paris ( ça sent l'exlusion arbitraire)
Courage et je ne doute pas du votre , si on peu encore intevenir en votre faveur et par n'importe quel moyens, il faut faire appel à nous car trop, c'est trop!!!

Amitiés MCOCO Le reblle médocain


canaille le rouge 03/02/2010 15:52


Que peuvent répondre, face à des témoignages comme ceux de Léon Landini et ses camarades Résistants communistes, ces pieds nickelés de la fédération de Paris de ce qui fut le PCF ?

La filière des "Imm" :
immatérialité de l'organisation
immobilisme devant les luttes
immobiliers comme pratique politique publique
immoralité au regard des idées qu'ils prétendent porter et qu'ils ensevelissent