Retour sur le quinquennat

Publié le par Pcf Section Halles-Bourse

Rappelez-vous… Septembre 2000. La France vit heureuse (c'est du moins ce qu'on raconte à la télé) sous un merveilleux gouvernement de "gauche plurielle", juste un peu gêné par un très méchant président de la République de droite.

Mais celui-ci est cependant d'accord avec son gentil gouvernement pour faire passer une réforme de la constitution ramenant le mandat présidentiel de sept à cinq ans. C'est plus démocratique: on votera plus souvent ! Un référendum est organisé à la va-vite, sans la moindre campagne. Tout est fait pour minimiser l'enjeu de la réforme.

La direction du PCF montre son grand courage politique en prônant… l'abstention ! (Hé oui, la même qui n'a pas de mots assez durs contre ceux qui ont préféré aller à la pêche que contribuer à reconduire la prébende de Bessac).

Il n'est pas inutile de relire le texte qui avait été diffusé à la Fête de l'Huma par, entre autres, les sections Ier-IIe et XIVe (justement quoique tardivement punies par la confiscation de leurs locaux) maintenant que chacun peut constater les effets ravageurs de ce changement sur la nature du régime.

 

 

NE NOUS LAISSONS PAS FAIRE VOTONS NON !

Choix de la date qui trahit une volonté de régler cette question au plus vite ; silence assourdissant des formations politiques ; utilisation de sondages annonçant une abstention record et une réponse déjà acquise... Tout explique et nourrit l'expectative de nos concitoyens vis à vis du référendum.

De quoi s'agit-il réellement ?

Rien n'est fait pour qu'un véritable débat ait lieu et que les enjeux soient clairement formulés.

L'expectative populaire n'est ni indifférence, ni soutien massif, elle se fonde sur une série de questions jusqu'ici sans réponse.

Nombre de Français trouvent plutôt étrange cette non-campagne autour d'un "objet politique non-identifié", enjeu de référendum.

De quoi s'agit-il exactement ?

Cette réforme ne cache-t-elle pas autre chose que ce que ses promoteurs en disent ? Quel est son véritable enjeu ?

Pourquoi surgit-elle soudain, maintenant ?

Si elle est si importante, pourquoi faire si vite, en donnant si peu d'informations, avec si peu de débat ?

Face à cela, quelle attitude adopter ?

Contrairement aux apparences, la question n'est pas celle du quinquennat "en soi". Il s'agit en fait d'apprécier - pour se déterminer - les conséquences institutionnelles, idéologiques et politiques de l'alignement de la durée du mandat présidentiel sur celle du mandat des députés.

La modification du système de représentation politique nationale

La similitude de la durée des mandats présidentiel et législatif conduirait à la concomitance ou à une très grande proximité des scrutins. Soit du fait du calendrier, soit par décision présidentielle (dissolution).

Coïncidence des scrutins et donc superposition des campagnes électorales, puis correspondance pendant les mandats, entraîneraient forcément une redéfinition des champs présidentiel et législatif, et une modification de leur rapport.

La campagne présidentielle étant le choix d'un homme et de son projet politique, l'objet des législatives est réduit au moyen à accorder au président : une majorité parlementaire.

Campagne et élection présidentielles acquièrent une centralité qui dévalorise les législatives. On n'élit plus des députés sur leur programme politique mais sur la façon dont ils s'inscrivent dans les projets politiques des "présidentiables".

C'est la mise en place d'un système qui fait des élections présidentielle et législatives un ensemble de deux éléments complémentaires sous hégémonie politique du premier : le présidentiel.

Sous la Vème République, chaque fois que les scrutins présidentiel et législatif ont coïncidé, les Français ont donné au Président la majorité parlementaire qu'il leur demandait pour mettre en chantier sa politique.

Quels sont les effets politiques de ce nouveau système?

• Une concentration de l'exécutif dans les mains du Président.

Ayant la charge d'appliquer la politique du Président, le gouvernement serait dirigé par celui-ci. La majorité des députés étant élus pour soutenir son action, le Président serait naturellement le chef de la majorité parlementaire.

Ainsi, s'installerait pour cinq ans (renouvelables) un exécutif concentré et beaucoup moins accessible à la volonté populaire.

Cela participant de la même logique que la mise en place de l'intercommunalité et que la mise en cause des conseils généraux.

• L'affaiblissement de la souveraineté nationale.

Comme on ne peut être en même temps chef de la majorité parlementaire et arbitre, incarnation d'un camp politique et incarnation de la France, l'autorité internationale du Président de la République serait affaiblie, ainsi que la capacité de la France à défendre ses intérêts, sa souveraineté.

Cela ne gène pas les partisans de cette réforme car ils sont tous pour l'élaboration d'une constitution européenne - puis demain l'élection d'un président de l'Europe - le passage de la règle de l'unanimité à celle de la majorité...

Comme ils sont, concernant la Corse, pour le processus Matignon qui ouvre la voie au démantèlement de la nation.

Autant d'éléments qui minent la souveraineté nationale et la République, c'est-à-dire la capacité du Peuple à décider de son avenir.

• La fin du pluralisme : l'avènement de la politique unique.

L'élection présidentielle devenant le centre de gravité de la politique française, sa logique fondamentalement bi-partisane - celle de son deuxième tour - s'imposerait à l'ensemble du champ politique.

La pérennité d'un courant politique reposerait essentiellement sur sa capacité à avoir un "présidentiable".

Dans les conditions de la France d'aujourd'hui cela aboutirait nécessairement :

- à l'hégémonie d'un couple RPR - PS ;

- à la disparition de toute représentation politique d'une volonté de changement progressiste de la société ;

- à la réduction du débat politique : non plus un affrontement entre deux conceptions de la société mais un débat sur les modalités de mise en œuvre d'une seule et même politique.

Logiquement, ceux qui nous appellent à voter "Oui" au référendum sont en même temps les partisans de Maastricht, de la monnaie unique, de la banque centrale européenne... Autant de traités et d'institutions qui professent que "mondialisation oblige", dans les domaines économique et financier (et par voie de conséquence, social) il n'existe qu'une seule politique possible.

Quel sens profond, quels enjeux?

Cette réforme constitue une sorte de clef institutionnelle à visée idéologique et politique. Elle prend tout son sens lorsqu'on la met en cohérence avec d'autres réformes - réalisées, en cours ou projetées.

Une "refondation" politique de la France

En France, Peuple, Nation et politique ont partie liée depuis plus de deux siècles. C'est à cette réalité que cette réforme s'attaque.

Il s'agit d'éradiquer du champ de la politique le point de vue du Peuple :

- En instaurant une nouvelle logique prédominante : celle du bipartisme à l'anglo-saxonne que exclut toute volonté de transformation sociale en détruisant toute représentation politique de cette volonté.

- En dévitalisant les appareils essentiels de la politisation populaire (Nation, Communes) au profit d'échelons inaccessibles au Peuple (Europe) ou dénués de compétences fondamentales (Régions).

Cette réforme ouvre la voie à la destruction politique de la souveraineté populaire ; elle met la France aux normes européennes parce qu'actuellement la réalité française est encore incompatible avec la construction d'une Europe fédérale.

Une réforme qui prépare l'Europe fédérale

L'intégration européenne exige la désintégration politique du point de vue du peuple ; de son élaboration et de son expression. Dans une Europe des régions les peuples n'ont plus leur place en tant que sujets politiques ; ils doivent être privés de cette force. Les intérêts particuliers et le contrat doivent prévaloir sur l'intérêt général et la loi, communautés et régions sont des interlocuteurs acceptables mais Peuples et Nations sont des obstacles.

Une structure politique au service de la finance

Cette Europe-là ne veut pas des peuples en politique parce qu'elle est une structure conçue pour mener une politique contre les intérêts des peuples : celle des grands intérêts financiers.

- Renforcer l'exploitation : plutôt les profits que les salaires ; précarité et flexibilité généralisées, travail de nuit des femmes, austérité budgétaire...

-Généraliser les privatisations : démantèlement des services publics ; fonds de pension contre retraite par répartition, privatisation de la sécurité sociale...

Tout cela se continuera et s'accélérera plus facilement si le peuple n'a plus la force de la politique.

Aujourd'hui, franchir cette étape exige des moyens institutionnels, idéologiques et politiques nouveaux. Fut-ce au prix de l'aggravation de la crise de la politique.

• L'enjeu essentiel de ce référendum est donc là :

- soit la finance marquera un point contre le peuple, ce qui lui permettra en France et en Europe de passer à une nouvelle étape,

- soit le Peuple préservera tout ou partie de ses possibilités d'élaborer et de faire prévaloir son point de vue.

Quelle attitude efficace adopter ?

Le "Oui" c'est la régression!

"Une meilleure respiration démocratique" disent-ils... Il s'agit plutôt d'un étouffement de la démocratie et du peuple.

"C'est moderne parce que c'est plus court"... L'exemple des Etats Unis - le président élu tous les quatre ans - suffit pour comprendre que la fréquence du scrutin peut très bien déboucher sur abstention et déception.

Pour les chantres du rythme accéléré, modernité et Peuple sont sans doute incompatibles.

En fait ce que partagent les partisans du "Oui" c'est le souhait d'une réforme institutionnelle qui ouvre la voie à une régression idéologique, politique et sociale, tout en privant le peuple des moyens de la combattre. Nous sommes bien loin d'une "magouille politicienne à visée présidentialiste"...

S'abstenir c'est laisser faire

"Référendum bidon, sans moi" dit l'actuelle Direction du PCF. Mais cette réforme est tout sauf "bidon". Conseiller au peuple de s'abstenir, au moment où son sort est en question, c'est lui dire de ne pas s'occuper de ses affaires et... laisser passer le "Oui".

La Direction du PCF se réfugie dans l'abstention parce qu'elle n'a pas le courage politique de voir la portée de l'accord entre les formations qui appellent à voter "Oui" ; elle le réduit à une magouille entre Chirac et Jospin.

Refusant d'en prendre en compte la gravité, elle ne se détermine par rapport à sa réalité.

Voir clair l'obligerait à définir la position commune de Chirac et Jospin pour ce qu'elle est... Et alors ?

Prôner l'abstention c'est tout à la fois populiste parce que cela s'appuie sur le rejet de la politique : "la ma-gouille" ; inefficace parce que cela laisse passer le "Oui" ; irresponsable parce que cela concourt au développement de la crise de la politique ; suicidaire parce que cela discrédite le PCF dans le monde du travail et les milieux populaires.

La crédibilité de propositions alternatives

Se réfugier dans l'élaboration d'un projet de "nouvelle République" ne règle rien. Il faut des propositions constitutionnelles novatrices : Président élu par l'Assemblée Nationale pour un seul mandat ; élection des députés à la proportionnelle intégrale ; revalorisation du rôle de l'Assemblée Nationale, renforcement des possibilités d'intervention populaire...

Mais la crédibilité de ces propositions exige - comme préalable - la formulation d'une réponse claire à la question que pose le référendum. C'est décisif.

Comment en effet, le Peuple pourrait-il croire à la capacité de construire un projet institutionnel intéressant si dans le même temps on ne parvient pas à fournir une analyse de fond sur une question précise, de dire de quelle logique elle relève et de proposer une réponse efficace.

Une seule réponse efficace : voter franchement NON

Alors, le vote blanc ou nul pour ne pas aggraver la crise de la politique ? Mais, parce qu'il ne s'oppose pas efficacement à une réforme qui nourrira cette crise il ne constitue pas le moyen d'atteindre ce légitime objectif.

Le "Non" est donc la seule réponse qui convienne à la question posée, à l'enjeu. La seule qui combat cette réforme pour ce qu'elle est : une régression. La seule réponse efficace pour aujourd'hui et pour demain. Parce que chaque "Non" constituera un message fort à ceux qui veulent priver le Peuple de la politique en détruisant ce que des luttes séculaires ont conquis.

Dans la lignée du combat contre Maastricht, il existe dans ce pays des forces qui dans leur diversité sont prêtes à s'engager dans ce combat vital. Leur montrer qu'elles ne sont pas seules, faire appel à leur intelligence politique, leur faire confiance. Les rassembler dans un "Non" populaire de refus et de reconquête, c'est possible.

Dans cette bataille difficile le rôle de chaque communiste là où il est : dans son organisation, au travail, avec sa famille et ses amis, va compter. Soumettons-lui une analyse de la question qui dépassent les apparences et aille à l'essentiel, qui prenne le point de vue des intérêts du Peuple. En toute fraternité, franchement.

Faisons preuve de courage politique. Assumons nos responsabilités.

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