Retour sur une assignation. Vies comparées.

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Le 19 mars, en partant pour la grande manifestation parisienne, Simonne Goenvic a trouvé dans sa boite aux lettres une assignation en référé devant le tribunal d’instance du IIe arrondissement. Le plaignant est le représentant officiel de la SCI 62 rue Montmartre, apparemment Jérôme Relinger. Il l’accuse d’occuper illégitimement le local de la section des Ier et IIe arrondissements, dont il prétend qu’elle ne serait plus secrétaire, et demande son expulsion et des indemnités.

Simonne Goenvic a adhéré au PCF en 1956, à seize ans. Presque tous les communistes qui ont milité dans le secteur bancaire ou dans le centre de Paris la connaissent. Travaillant au siège central du Crédit lyonnais, elle a eu un rôle important dans l’occupation du mai 68 et la grève de 1973. Secrétaire de la section d’entreprise, elle a lutté pour le droit à l’expression politique sur le lieu de travail, et a plusieurs fois été sanctionnée pour cela par la direction. Choisie par les communistes pour être la suppléante de Claude Quin au Conseil de Paris en 1977, elle lui a succédé en 1981, et est donc devenue permanente. Elle est ensuite devenue secrétaire de la section du IIe arrondissement puis, quand elle a fusionné avec celle du Ier, de la section Halles Bourse qui en a résulté. Retraitée en 1997, elle a continué à avoir la même activité politique qu’auparavant. Élue au conseil du IIe arrondissement de 2001 à 2008, elle a refusé d’être maire-adjoint en raison de ses désaccords avec la politique menée par la gauche plurielle, mais a eu la charge, comme conseiller délégué, bénévolement donc, de l’aide sociale. Elle a été, à chaque congrès, réélue secrétaire de section : bien qu’elle ait envisagé souvent de laisser la place, ses camarades ont insisté à chaque fois pour qu’elle reste. Voilà à qui Patrice Bessac, attaché parlementaire à 21 ans, dirigeant national du PCF à 22, puis conseiller régional et secrétaire fédéral, prétend s’adresser par voie de justice.

Le 28 janvier, se rendant au local avec une camarade pour faire le point sur la participation des militants de la section à la manifestation du lendemain, Simonne a trouvé les serrures fracturées. Elle a naturellement fait appel à un serrurier, et déposé plainte. Elle a eu la surprise de recevoir ensuite un message téléphonique de Patrice Bessac, puis une lettre recommandée de Jérôme Relinger revendiquant l’effraction. Par souci de trouver une solution raisonnable entre membres du PCF, elle n’a pas, en accord avec ses camarades, communiqué ces deux revendications à la police. C’était manifestement une erreur puisque le 19 mars (c’est une curieuse manie qu’ils ont de faire leurs coups bas les veilles et les jours de mobilisation, qui en dit long sur leurs conceptions, et leur activité, politiques), ceux qui agissaient en voyous le 28 janvier se sont faits légalistes et procéduriers pour demander à la justice de condamner Simonne… pour effraction et changement des serrures ! On aimerait que ce soit une manifestation d’humour. Ce n’est clairement pas le cas. Les voyous demandent à la justice de condamner ceux qui n’ont fait que se défendre.

Leur argumentaire subtil tient en une phrase : Simonne n’est plus secrétaire de section elle a été remplacée par un certain Georges Matti. C’est à se demander si Patrice Bessac a lu les statuts du PCF. Il considère apparemment qu’en tant que secrétaire fédéral, il a le droit de démettre et de nommer les secrétaires de section sans tenir compte des dédcisions des militants, qui ont réélu leur secrétaire in 2008. C’est confondre le statut de responsable local avec celui de patron de choc ! Que Patrice Bessac n’ait jamais été, ou fort peu (deux ans selon sa biographie officielle), militant de base avant de parvenir au sommet de l’appareil peut être une explication, mais en aucun cas une excuse. La section Halles Bourse du PCF existe, paie  régulièrement ses cotisations à la fédération et peut en produire les reçus, elle élit librement ses dirigeants conformément aux statuts du PCF. On ne peut lui imposer comme secrétaire quelqu’un qui, paraît-il, habite le IIe depuis des années, mais n’a jamais demandé à adhérer à la section locale, ne lui a donc jamais payé la moindre cotisation, n’a même jamais daigné assister à une seule de ses réunions.

Le juge de première instance a été convaincu par cet argumentaire, et a refusé de prendre en compte les statuts du PCF. Nous attendons ce qu'en dira le juge d'appel ce 22 janvier, espérons que l'indignation provoquée par les méthodes de Patrice bessac l'obligera à reconnaître nos droits.

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Lecoq Armand Beziers 14/01/2010 11:08


Cet épisode,sil'on peut dire, est LAMENTABLE.L'acharnement procédurier remplace la confrontation politique. Nous sommes familiers de cette situation , à la section de Béziers. mais je suis d'autant
plus consterné par cet état des faits qui n'aident pas à la bonne opinion qu'on devrait se faire du PCF et de ses militants,que nous avons , en ce moment beaucoup mieux à faire qu'à nous consacrer
à des réglements de compte procéduriers qui salissent tout le monde, alors que la situation politique nouvelle offerte par les Régionales devrait , au contraire, donner l'occasion aux militants
communistes que nous sommes de développer le plus largement possible les propositions de RUPTURE avec le système capitaliste et aider à crées le rapport des forces indispensable pour permettre
cette rupture.
camarades, je ne crois pas aux vertus révolutionnaires d'une situation électorale et je ne pense pas non plus que les élections, quelles qu'elles soient, ouvriront les portes de l'avenir.Il
n'empêche que nous pouvons en faire un moment FORT de l'"agitation " politique , de la lutte de classes pour aider à cette indispensable prise de conscience.
C'est, dans cette affaire nauséabonde initiée par notre direction (cela d'ailleurs ne m'étonne pas), ce que je regrette le plus.
Allons à l'essentiel!les gens nous attendent.